XAVIBES: « Ce qui dénature la photographie, c’est la masse de déchets que l’on trouve sur Internet »!

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Xavibes est un photographe et un graphiste, un concepteur-créateur d’images comme il le dit lui-même. Il est demandé par les plus grandes stars, de Nicolas Anelka à Kassav’ en passant par Kery James, Admiral T, Clara Morgane, Julia Channel, Sonia Rolland, Anthony Kavanagh, Tal…) et par de nombreuses marques.Un talent immense, une discrétion qui rime peu avec son statut de « Star » du milieu photographique antillais et une gentillesse à toute épreuve. Rencontre avec un auteur guadeloupéen qui a réussi à imprimer sa marque dans l’univers photo-graphique à Paris.

– Bonjour Xavier Dollin alias Xavibes, dis-nous en quelques mots… Qui es-tu?
X: Caraibéen de 40 ans né en Guadeloupe et exilé à Paris pour mes études d’Arts Graphiques en 1995. L’univers artistique est un domaine dans lequel je baigne depuis petit à travers l’environnement familial.

– Tu es difficile à cataloguer: graphiste-photographe ou photographe-graphiste?
X: J’ai eu du mal moi-même à choisir ma catégorie, je me suis donc auto-qualifié de concepteur/créateur d’images. Je pense que ça résume bien mes 2 passions sans choisir une étiquette.

– Tu as débuté comme directeur artistique d’une agence de communication. C’est ton expérience la plus formatrice?
X: Effectivement, mon parcours professionnel a commencé dans une agence de communication visuelle en 2000. A travers les projets des clients, j’y ai appris la rigueur, la discipline, l’exigence et perfectionné mes techniques de réalisation. Après son dépôt de bilan, j’ai donc continué en indépendant puis appris en autodidacte la photographie pour rajouter une corde à mon arc.

– Tu collabores beaucoup avec des artistes zouk, qui apprécient ton sérieux et tes montages, c’est ce travail qui te rattache encore à tes racines guadeloupéennes?
X: Beaucoup, je ne pense pas, mais avec les meilleurs artistes Caribéens oui. Petit, j’admirais beaucoup les covers des vinyls de mon père dont ceux de Kassav’, Tabou combo, Malavoi et autres grands artistes de cette époque. A cet âge, je n’avais aucune projection sur mon avenir professionnel, mais j’ai été imprégné par la culture musicale de mon père qui était très éclectique.
Quelques années plus tard, j’ai voulu, à travers mon activité, contribuer à l’image que l’on pouvait véhiculer sur nos produits. Ça passe par la musique, mais aussi dans d’autres domaines où le besoin d’image peut se faire sentir.

– Tu es très proche du milieu urbain, rap ou r’n’b, c’est un choix? (Kery James, Maj Traffyk)
X: Un choix, non, c’est encore lié à une première passion, la musique. J’ai choisi d’exercer dans le domaine de l’image parce qu’à l’époque, c’est à dire en 1995, les débouchés dans la musique me semblait déjà fermés. A 8 ans, mon premier mode d’expression a été la batterie, puis quelques années après en 1989, je me suis mis derrière les platines lors de la formation d’un groupe de rap avec Maj Traffyk, ami d’enfance qui baigne également dans la musique depuis petit. L’environnement urbain est aussi lié à mon parcours d’ado. C’est à travers le skate et le graff que j’ai évolué dans toutes ces disciplines.

Kéry James

Kéry James

– Tu as collaboré avec Clara Morgane sur son calendrier 2012, tu en as gardé un bon souvenir, je suppose…?
X: Clara Morgane remonte souvent dans les références mais ce n’est pas le projet qui m’a le plus marqué jusqu’à maintenant, même si elle a été une rencontre formidable. De tous mes projets, je crois que celui de Kassav’ représente beaucoup plus pour moi. Petit déjà j’admirais leurs covers d’album et quoi de mieux que de travailler sur le projet d’un groupe mythique au même titre que l’aurait pu être un groupe comme les Beatles pour d’autres.

– Tu as commencé à exposer en 2008 et ta dernière expo date de 2013 à Cannes, quels sont tes thèmes de prédilection?
X: La configuration d’expo permet de sortir des diktats des commandes clients et donne la possibilité de se faire plaisir sur des univers plus personnels. Je n’ai pas de thèmes particuliers, tout dépend du moment et de la période dans lequel je suis le plus sensible. A part la 1ère Exposition de 2008 au Forum des halles, les autres ont été surtout des expositions collectives où il est difficile de montrer son travail sur une image. Depuis fin 2013, je travaille sur plusieurs séries que j’espère pouvoir exposer très prochainement.

– Cette première exposition, « Urban Spirit » à l’espace créateur du forum des halles a marqué les mémoires. Cela a-t-il été un tournant dans ta carrière?
X: Je pense que cette première exposition a contribué à me donner d’autres perspectives artistiques. L’opportunité que j’ai eu de pouvoir exposer en plein centre de la Capitale et à 2 pas de Beaubourg n’est pas rien. Cela permet d’avoir du recul sur son travail et et de voir le chemin artistique parcouru. Toutes les expos m’ont permis d’avoir des références qui, aux yeux des autres, donnent du crédit à mon travail.

1ère Expo 2008

1ère Expo 2008

– Tu es fan de David Lachapelle, on sent que son travail t’a influencé…
X: On a tous des références artistiques, et David Lachapelle est un artiste chez lequel je me suis reconnu au début tant par son parcours de graphiste que par le mélange de ses différentes influences artistiques. J’aime également des artistes comme Seb Janiak et Jean-Paul Goude qui ont des parcours aussi similaire.

– Comme lui, tu as un talent inné pour la mise en scène photographique, mise en scène souvent compliquée… Comment prépares-tu une séance?
X: Tout dépend des axes. Si c’est une commande, je fais en fonction du brief du client qui, en général, a déjà une idée de ce qu’il voudrait. Je peux être force de proposition mais c’est très rare. Dans les projets plus personnels, ça peut être totalement improvisé si la direction reste simple en terme de réalisation. Sur des directions plus complexes tel que le photo-montage, il me faut donc penser l’univers pour réaliser avec une équipe l’image voulue. Le modèle, le styliste, la maquilleuse, le coiffeur, l’assistant-lumière sont des choix très importants dans l’élaboration de ce type d’image.

– Ton style est très apprécié et il t’arrive donc parfois d’être copié…

X: Oui effectivement, ça m’arrive mais je ne laisse pas passer. Par exemple, en 2011, j’avais été interrogé sur un projet pour Capès, géré par l’agence Vitamine C qui avait vu mon travail. Ils ont par la suite abandonné le projet et quelques mois après l’ont fait autrement par un concurrent n’ayant pas mon style. Suite à l’image reçu, je les ai donc assigné devant le TGI (Tribunal de Grand Instance) par le biais d’un cabinet d’avocats spécialisés dans le Droit à l’Image.

En 2014, j’ai eu une partie du jugement en ma faveur. Le TGI n’a pas reconnu le plagiat, mais a choisi le terme « parasitisme ». Sans rentrer dans les détails, Il est important aussi de montrer aux confrères qu’il ne faut pas se laisser faire et ainsi faire respecter nos professions artistiques.


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 Mon image originale

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La « version Capes »

– Tu prépares plusieurs projets en même temps, une série « Dos », une série « Tatoos »… Comment te viennent ces envies?
X: Certaines idées ont germé il y a très longtemps. Je ne savais pas encore comment les traiter ou manquais de temps pour les réaliser. Elles se sont affinées au fil du temps en regardant ce qui se faisait déjà sur ces directions. D’autres thèmes comme par exemple « Dos » ou « Line » sont arrivés par accidents lors de prise de vue qui n’avaient aucun lien. Le plus souvent mes idées viennent par des coups de cœurs. A l’inverse des commandes clients, j’aime bien improviser des séances et voir ce qui en ressort.

– Quel est ton matériel de prédilection, en studio et en extérieur?
X: En studio, j’ai mon petit boitier Nikon D750 et le matériel lumière généralement fournis avec la location de studio. En extérieur, mon kit Elinchrom Ranger Rx peut me suffire, sinon je passe par de la location de matériel. Je n’ai pas de marques particulières que je préfère plus que d’autres, tout dépend du résultat voulu pour les choix de lumières et accessoires.

– Tu es de ceux qui cherchent toujours le meilleur boitier?
X: Etant auto-didacte, je n’ai pas de connaissance technique en photographie, je fais donc au feeling. J’ai pendant longtemps utilisé mon boitier D200, ce n’est que depuis la fin d’année 2014 que je suis passé au D750. Contrairement à ce que l’on peut penser, je shoote très peu. Je n’ai donc pas besoin de matériels ou d’équipements haut de gamme même si mon rêve serait d’avoir un jour un Hasselblad. Mais à quoi bon en posséder un si on n’a pas les clients ou projets qui vont avec.

– Tu as remporté, en 2013, le Prix Profoto thème Mode du Plus Grand Concours Photo du Monde organisé par le magazine Photo. Une consécration?
X: De temps en temps, j’essaie de poster des photos sur des concours qui me semblent intéressants et être des challenges. Le but premier est surtout le fun, puis de se donner de la visibilité si ça passe. Je n’attends pas de retour particulier et c’est souvent le hasard qui fait les choses. Ce qui est certain c’est que cela donne aussi un peu plus de « crédit » à son travail.

Prix Photo Mag 2013

Prix Photo Mag 2013

– Ca va, le D1 Air 250 marche bien? [NDLR: Le prix remporté lors du Concours Photo]
X: Impecc’ 🙂 Déjà revendu depuis. Je ne l’ai pas vraiment utilisé car j’ai déjà tout le matériel dont j’ai besoin lors de la location de studio. Sur le plan perso, je me contente de peu avec mon kit Elinchrom Quadra Ranger.

– Sur Instagram, tu te mets beaucoup en scène, c’est un miroir de ta vie?
X: Instagram est pour moi un bloc-note d’idées que je fige en photos. Je me mets donc en situation pour tester des choses que je pourrais refaire autrement par la suite. Ça reste pour moi que la facette artistique avec tout ce qui tourne autour. Le coté privé reste encore pas mal en réserve.

– Penses-tu que les réseaux sociaux « abîment » la photographie?
X: Non, ça reste encore la plus grande galerie accessible et cela permet de découvrir et de rencontrer des personnes de divers horizons. Sans internet, je pense que j’aurais difficilement pu me promouvoir mieux, ou rencontrer des personnes intéressantes. Ce qui dénature la photographie, c’est surtout la masse de déchets que l’on peut y trouver. Comme dans tout, il faut savoir faire le tri et ne pas se laisser polluer le regard. Il n’y a pas de bonne ou mauvaise photos, tout dépend de la qualité du regard.

Sonia Rolland

Sonia Rolland

– Avec l’évolution technologique, tout un chacun devient graphiste et photographe, comment faire la différence?
X: Nous vivons dans une époque d’image voir multimédia, l’image a pris une place importante dans nos vie. Les mobiles s’utilisent comme des ordinateurs et les différentes applications dédiées à l’image facilite l’approche. La sensibilité et la créativité différencieront tout un chacun malgré tout, quelque soit le matériel ou support utilisé. Ce qui est surtout problématique, c’est que la plupart dévalorisent la photographie en l’exploitant sans connaissances.

– Un conseil pour les photographes aux Antilles qui aimeraient avoir ta carrière?
X: Dans un 1er temps, rester passionné, ne pas se brider et faire ce dont on a envie peu importe son niveau. Il est important aussi de s’informer également alors voilà quelques liens ou livres intéressants :
– « Profession photographe indépendant » aux éditions Eyrolles
– « La photographie contemporaine par ceux qui la font » de Anne-Celine Jaeger

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Comments

  1. Xavier, une référence d’humilité, de Simplicité mais surtout de talent !

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