VERONIQUE HERMANN SAMBIN: « Ròz Jériko m’a ouvert la porte à des scènes nationales et des festivals renommés »

paul barbier

(c) Paul Barbier

 

Selon David Drumeaux, responsable de LAKASA en Guadeloupe, Véronique Hermann Sambin a « Ce petit « truc » indéfinissable qui fais [d’elle] une artiste …….une « vraie » ……une « entière » ……une « fragile » … »une solide », une « sincère »… Et l’on comprend son enthousiasme à l’écoute de ses deux premiers albums: « Roz Jériko » et « Basalte ». Mais on en prend vraiment la mesure en la voyant sur scène, posée et profonde, envoûtant son public de sa voix chaude et sincère. De ses goûts en matière de musique, sa passion pour la littérature noire, sa vie en tant que musicienne professionnelle, on s’intéresse aujourd’hui à une chanteuse hors-norme, une artiste antillaise mais sans limites… Véronique Hermann Sambin. Après le succès de ses deux concerts en Guadeloupe, elle sera sur la scène de l’Atrium en Martinique demain soir pour un show unique.

– Bonjour Véronique, présente-toi aux lecteurs de FKZM…
VERONIQUE HERMANN SAMBIN: Bonjour à tous! Je suis Véronique Hermann Sambin, auteur, compositrice et chanteuse. Je chante en créole, en français et en anglais.

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– Quels souvenirs gardes-tu de ton enfance au Moule?
VHS: Avec le recul, je peux dire que j’ai eu une enfance heureuse. J’ai grandi à La baie du Moule, autrefois réputée pour sa plage, un petit paradis qui a malheureusement été détruit par la main de l’homme. Enfant, j’ai passé beaucoup de temps entre mes livres d’école, de musique et… la mer, au club de natation des Dauphins du Moule.

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– Tu as démarré très tôt dans la musique, via le piano. Ça a été une révélation?
VHS: Pas vraiment de révélation à cette époque. J’ai surtout étudié le piano classique, avec très peu d’occasions de jouer sur scène.

eric marcel

(c) Eric Marcel

 

– Tu dis que c’est le créole qui t’a amenée à faire de la musique. Comment cela?
VHS: Le créole m’a surtout amenée à la scène. Le déclic s’est produit à la naissance de mes enfants. J’ai compris la nécessité de leur transmettre mon héritage culturel, celui-là même que j’avais délaissé pendant un temps, prise dans l’engrenage de la vie parisienne. Je me suis posée, j’ai ressorti mes premiers poèmes, j’en ai écrit d’autres, et je les ai mis en musique. J’éprouvais également l’envie de véhiculer le créole autrement que par le biais des styles musicaux prédominants qui ne correspondaient que trop rarement à ce que je souhaitais entendre.

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– Quelles ont été, ou quelles sont, tes influences?

VHS: Elles sont nombreuses et ne se limitent pas simplement à la musique! Pour faire simple, je dirai que ma plus belle influence est ma mère. Elle n’est ni musicienne, ni auteur. Elle s’attache « simplement » à chercher le meilleur en chaque chose, qu’importe son origine, antillaise, américaine, africaine, européenne…

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– Avant de devenir musicienne pro, tu as fait plusieurs boulots suite à des études commerciales. Avais-tu déjà l’envie de te consacrer à la musique?

VHS: Pas du tout. A 17 ans, j’ai intégré un système endoctrinant, bien ficelé, où les maîtres-mots étaient performance et rentabilité. Une mécanique où le bien-être de l’homme et le respect de la Nature sont loin d’être des priorités. J’étais surtout motivée par la réussite sociale. Heureusement les choses ont évolué. J’ai réussi à m’extraire de tout ça grâce à la musique.

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– 2008 est l’année où tu prends la décision de devenir chanteuse…

VHS: Assurer un relais plutôt que devenir chanteuse. Comme je l’ai expliqué précédemment, il y a eu une franche remise en question au moment où j’ai compris que je ne pouvais pas espérer vivre dans un monde meilleur sans transmettre « mon meilleur ». A partir de 2007, j’ai commencé à faire un grand ménage. De nombreux filtres subsistent, mais je vois beaucoup plus clair aujourd’hui. C’est mieux quand on prétend vouloir conduire et éduquer des enfants.

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– Tu as eu un début extrêmement pointu avec une adaptation des textes de Paul Laurence Dunbar et un spectacle pour enfants… Ce n’est pas commun!

VHS: Lors d’un séjour à NYC, j’ai trouvé dans une librairie de Harlem un recueil de textes d’auteurs Afro-américains (Black Voices, an anthology of Africain-American literature, édité chez Abraham Chapman). L’ouvrage présente entre autres, des textes magnifiques datant du 19eme siècle, écrits dans une langue qualifiée à l’époque de « Negro dialect ». Une vraie claque, pour moi qui n’avais lu que des auteurs noirs contemporains. J’ai mis quelques uns de ces textes en musique dans mon spectacle RASINOVAN. Les autres textes du spectacle ont été écrits par la paroleuse Simone Lagrand et le poète Jimmy Anjoure Apourou.
Quant au spectacle pour enfants (Calyps et Compagnie), il présente différentes oeuvres musicales de la Caraïbe parmi lesquelles « Choukoun » (Choucoune), texte en créole de l’haïtien Oswlad Durand, datant de la fin du 19e.

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– Mais finalement, tu choisis le jazz, qui est ta passion depuis ta tendre enfance…

VHS: J’ai commencé à écouter le jazz assez tard. Parmi les premiers albums que j’ai achetés figurait « Unforgettable with Love » de Nathalie Cole (1991).

– La rencontre avec Xavier Richardeau est un des temps forts de ta carrière, comment est-ce arrivé?

VHS: Le saxophoniste baryton Xavier Richardeau m’a été présenté à l’Hemingway (Deshaies) en Août 2011 par Pierre Samba, manager de Soft. J’étais venue écouter Georges Juraver et Jean Tamas qui m’avaient accompagnée, avec aussi Jean-Pierre Krings, sur les premiers concerts en Guadeloupe (2008). Deux jours plus tard, Xavier et moi nous nous sommes revus chez un ami commun où j’ai interprété quelques titres à la guitare. Il m’a félicitée et m’a encouragée alors que j’étais en plein doute à cette période. Venant de la part d’un jazzman réputé, c’est très touchant. Xavier Richardeau est un musicien qui sert la musique avec respect et sait transmettre son savoir.

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(c) Valerie Carreno

 

– A quel moment décides-tu de lui confier ta direction musicale et les rênes de « Roz Jéricho »?

VHS: Cela s’est passé très vite. En Septembre 2011, il a joué le titre Ròz Jériko au piano, en prenant soin de ne pas modifier ma ligne mélodique. En revanche le travail d’arrangement et d’harmonisation était tel, qu’il donnait naissance à une nouvelle composition. J’ai été immédiatement emballée à l’idée que Xavier s’occupe du projet. Six mois plus tard, on enregistrait l’album. C’est l’exceptionnel Alain Jean-Marie qui m’accompagne en duo sur le titre Ròz Jériko. Tony Chasseur est aussi invité sur le titre Lè-w La. C’est Xavier qui me les a présentés tous les deux.

– Tu as réalisé « Roz Jéricho »,ton premier album, seule, quel élan t’a conduit à produire toi même ce superbe album?

VHS: Je n’avais pas vraiment le choix. Il fallait que je le produise. C’est une étape incontournable pour être programmée en salle et sur les festivals.

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– Tu as travaillé chez Wagram le premier label indépendant en France. Ça aurait pu te vacciner contre le métier de producteur, mais non… 

VHS: Ce qui m’importe avant tout, c’est de défendre mes créations. Pour ce faire, je travaille beaucoup, en plus de composition et de l’écriture. Je m’entoure aussi de personnes qui croient en mon projet et le considèrent comme une priorité.

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– Roz Jéricho est un travail pointu entre jazz et musiques caribéennes. Parle-nous de cet opus?

VHS: En résumé, c’était une superbe équipe! Je crois qu’on a trouvé un bel équilibre sur cet album. Je ne me suis pas dit « tiens, et si je faisais de la fusion ou de la musique métissée…La fusion, elle est déjà en moi, de par la langue et les influences. Mes seules exigences étaient de servir les textes, privilégier la mélodie, laisser aux musiciens plus de place que sur un format classique de chanson. C’est encore le cas avec Basalte.

– Après ce « coup de maître », a-t-il été facile de reprendre la plume et créer « Basalte »?

VHS: Ròz Jériko m’a ouvert la porte à des scènes nationales et des festivals renommés – mais il reste encore beaucoup de chemin à parcourir! Parallèlement à mon répertoire personnel, j’ai également été amenée à interpréter des standards de jazz. Mes oreilles continuant d’évoluer, je me suis remise à la composition et à l’écriture, en gardant toujours en tête qu’il faut savoir se taire plutôt que de se répéter. J’avais encore des histoires à raconter et l’envie d’entendre le créole sur d’autres rythmes que ceux utilisés habituellement. On retrouve donc des styles très différents sur cet album, où intervient une nouvelle équipe, composée de Samuel Hubert (contrebasse), Romain Sarron (batterie), Frédéric Nardin (piano), Inor Sotolongo (percussions), Xavier Richardeau (saxophones et clarinettes). Cette fois Xavier Richardeau partage les arrangements et la direction artistique avec le remarquable pianiste Frédéric Nardin.

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– Tu as une écriture textuelle et mélodique extrêmement poétique; tu fais vibrer des images du quotidien et des sentiments communs avec tes chansons, d’où te vient l’inspiration?

VHS: Les sources sont l’intemporel, le rapport à la nature, à l’autre, à soi-même. L’inspiration aime arriver à l’improviste, mais j’ai aussi appris à l’inviter pour qu’elle se manifeste. Quand elle répond présent, elle me donne sans compter et je lui pardonne son inconstance.

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– Que représente la pierre de Basalte dans la poésie de Véronique Hermann Sambin?

VHS: En Guadeloupe on l’appelle wòch rivyé ou wòch-pyè. Le basalte est une roche volcanique. C’est la pierre la plus répandue sur la planète, mais on ne lui accorde que très peu d’importance. Chez nous, la roche est aussi associée aux promesses non tenues. Dans mon imaginaire cette pierre est symbole de réveil, de sursaut. Je vous laisse écouter le titre et vous comprendrez…Il ne s’agit pas d’une chanson mais d’un conte qui sert de pierre angulaire à l’album. D’autres thèmes viennent s’y imbriquer: l’engagement (Militanto), les promesses (Pwomes), les illusions (Si pati), la conscience (Glas-la), le pardon (Le pas), l’émerveillement (Jwé)…

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– Question bête: peux-tu exister sans ce lien qui te rattache à la Guadeloupe?

VHS: Pas de réponse aux questions bêtes! 😉

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– Quels sont tes prochains RDV et à quand un retour sur scène aux Antilles??

VHS: L’album est disponible depuis le 13 avril et je me réjouis déjà de pouvoir le présenter à la maison ! Trois dates: les 16 et 17 avril j’étais à Sonis en Guadeloupe et le 18 à l’Atrium à Fort-de-France en Martinique. Tous les RDV sont importants, mais ceux-là le sont un peu plus que les autres! Il y a aussi le concert du 12 Juin au Café de la Danse à Paris.

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– As-tu un éclat de Basalte sur ta cheminée comme d’autres auraient une Victoire de la Musique? 😉

VHS: J’ai la pierre mais pas la cheminée 😉

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– Écoutes-tu de la musique de variété?

VHS: Bien entendu. Variété et qualité ne sont pas antinomiques. D’ailleurs, j’ai de nombreux titres qui font partie de cette grande famille!

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– Quels sont les artistes antillais qui t’ont interpellée récemment?

VHS: En ce moment, il m’arrive de fredonner des airs de Florence Naprix, de réécouter l’album N°3 de Kassav.
Le dernier concert qui m’a marqué est celui de Grégory Privat et Sony Troupé (Album Luminescence chez Jazz Family).
Au théâtre, j’ai aimé la performance de Souria Adele, incarnant Mary Prince.
Sur le net, j’ai revu avec plaisir « The harder they come » de Perry Henzel. J’ai découvert à l’écran le film « Sur un air de révolte » de Franck Salin, mais j’ai loupé la projection de « Un caillou et des Hommes » des sœurs Kanor.
Pour la poésie, « mon » auteur du moment est le martiniquais Monchoachi.
Pour l’art plastique, Anais Verspan, Brianna McCarthy et toujours Patrick Nupert auquel j’ai emprunté deux toiles pour mon prochain vidéo-clip!

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– Merci Véronique et plein de bonnes choses pour Basalte…

VHS: Merci à vous de m’avoir lue jusqu’ici! A bientôt en live!

tour

 

Retrouvez Véronique Hermann Sambin sur la Toile

Site officiel: http://www.veroniquehermannsambin.com

Facebook: https://www.facebook.com/vhsambin

YouTube: Véronique Hermann Sambin chaîne officielle

 

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