SKANKY: « La dancehall s’est appauvrie, que ce soit pour les lyrics ou pour les riddims: le manque d’originalité est flagrant! »

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(c) photo Cécile Paintoux

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 Nous l’avions promis, cette interview de l’un des monstres sacrés du reggae-dancehall antillais. Trop modeste pour le reconnaitre, et parce qu’il préfère regarder vers l’avenir que vers le passé, Skanky a marqué 2 générations de fanatiques de la musique reggae. Découvert avec le hit « Man nwè », il a co-crée le mythique Metal Sound, qui fait aujourd’hui partie du Panthéon Dancehall antillais. Philosophe, il a un regard clair et éclairé sur le milieu reggae d’aujourd’hui et il nous prépare plein de surprises pour les années à venir. Skanky en live’n’direct, c’est ici sur FrekansZouk Magazine.

 

 

– Bonjour Skanky, présente -toi aux lecteurs de FKZM…
SKANKY: Bonjour, je me présente, Julien GALLEBY, aka SKANKY, je suis né au François et ai grandi entre le Vauclin et Fort-de-France en Martinique. La majeure partie de ma scolarité s’est passée dans la capitale, à Dillon et au Foyer de l’Espérance. Comme beaucoup de jeunes à cette époque, j’avais soif de savoir qui j’étais, d’où je venais, soif d’identité, j’avais envie de vivre hors du cadre qu’on m’avait déjà préparé. Très tôt rebelle mais sans aucune cause à défendre, mon adolescence ne fut pas évidente, j’ai eu la chance de ne pas être une personne influençable, ce qui me permis d’éviter plein de galères!

– Tu fais partie de ceux qu’on appelle « les créateurs du reggae-dancehall antillais », l’aventure a-t-elle commencé pour toi au sein du Souns System Digital Hifi?
S : J’ai découvert les « Dj Lokal », comme on disait en ce temps, en écoutant Radio Kon Lambi, Rv7, avec Général Josuah, Philipe Majesty. Les premiers Djs du pays étaient Ras Zeb, Puma, Tchitchima, Ras Bill et plein d’autres. Ce sont eux qui m’ont donné envie de prendre le micro.La première fois que j’ai tenu un mic ce fut sur Radio Dioko au Vauclin ensuite j’ai rejoint le Digital Hi Fi de Philipe Majesty, où je retrouvais Poupa Micky, Lion Country, le Dj le plus original que la Martinique ait connue, Janick Mc, Prince Inoffensif, Prince Radikal.

– Pour des jeunes qui voulaient s’adonner à cette musique à la fin des années 80, était-ce facile?

S: Les lieux où on pouvait organiser un Sound étaient nombreux, surtout dans la capitale. Le Forum Frantz Fanon devint incontournable pour les Djs Lokal. C’était l’endroit où il fallait être le mercredi avec le défunt Maurice Euloga, et son Mo Club Mo. Ce style de musique était bien sûr mal vu par la majorité des politiciens, et organiser un Sound hors de la capitale relevait du parcours du combattant, à part Le Vauclin, et la Ville de Sainte-Anne.

– A l’époque tes influences viennent de Bob Marley, Yellowman, Shabba Ranks?

S: J’ai grandi en écoutant du Rub-a-Dub et du Roots Reggae, Eugéne Mona, Dédé Saint-Prix, Ti-Mano et lu aussi les livres de Marcus Garvey, Frantz Fanon, Césaire. J’ai toujours considéré la musique comme un outil pour partager de bonnes vibes, elle peut être distrayante sans être vulgaire, ou engagée sans pour cela chercher à imposer ses convictions.

– Ton premier hit, déjà engagé, c’est « Man nwè » sur la compil 100% Ragga Local, la première du genre en Martinique…
S: La compile 100% Ragga Lokal, produite par Janick MC et sortie en 1992 fut l’occasion pour les Dj Lokal d’enregistrer leur voix. On retrouvait Guy-Al, Radikal, Inoffensif, Janick etc…, mon titre Man nwé est sorti du fond de mes entrailles, une chanson où j’affirmais qui je suis.

– 1992, c’est aussi le premier album de Métal Sound qui est un carton immédiat avec « Tro jen », « Jen fi ou dous » notamment…
S: Effectivement, une semaine après la sortie de la compile Ragga Lokal, sortait le premier album de Métal Sound. Au début c’est une compile qu’on cherchait à produire. On avait préparé les maquettes avec Pascal Adams et Joël Zabulon. Après le départ de Pascal et d‘une partie des Djs prévus, Guy-AL Mc, Mick Michel et moi, décidions de continuer et d’appeler l’album Métal Sound. On rencontra Cultua Alick, qui retravailla les programmations des maquettes, Radikal nous a rejoint à son retour de l’armée. On laissa nos maquettes au producteur de la place. L’album fut produit par Rythmo-Disc. Le reste dépassa ce à quoi on s’attendait. Personne ne nous avait préparé au succès, personne ne nous avait dit comment fonctionnait le business de la musique et personne ne comptait nous le dire. Les maisons de disques qui ne voulaient même pas écouter nos maquettes couraient après nous pour nous signer. Deux autres albums suivirent produits cette fois-ci par Déclic Communication.

– On ne le réalise pas forcément mais Métal Sound est devenu un groupe de légende avec seulement 3 albums, comment expliques-tu cela?
S: On avait réussi à trouver la bonne formule, à avoir notre propre son, sans singer les Jamaïcains, notre musique était fédératrice, ce qui explique, je pense, le parcours de Métal Sound.

– Pourquoi le groupe se dissout-il en 1998?
S: Le succès ne nourrit pas le corps et finit par fatiguer. On a mis un terme au contrat avec Déclic Communication en 1998, et on a décidé de mettre le groupe en stand-by. Nos retrouvailles ensemble ce fut en 2010 à l’Atrium puis au Festival de Fort-de-France où Zacky Joans remplaça Radikal.

Victor O en concert

Métal Sound au grand complet en 2010! (c) photo klodcabit

– Tu navigues ensuite en solo à partir de 1999 avec ton premier album « Tout recommencer ». C’est facile de sortir d’un concept aussi fort et de se lancer seul?
S : Je coproduis mon premier solo « Tout Recommencer », avec Emergens mais l’album n’était pas vraiment abouti, et je ne disposais plus d’un budget promo comme ce fut le cas pour Metal Sound. Néanmoins, le titre « Bel fenm pa ka taw » a été un hit à la Réunion et à l’île Maurice.

– Et dans le même temps, tu confirmes ton envie d’aider les jeunes en créant ton label Kronik Sound, qui révèle de nombreux talents grâce au concept Ghetto Raid…
S : Oui, par la suite, j’ouvre un magasin de disques, monte mon label Kronik Sound et je produis le premier album de Nyala, ensuite la série Ghetto Raid qui fit connaître Stone-J, Zacky Joans aka Fripooy.

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Zacky Joans (c) photo klodcabit

 

– Du coup, tu participes à des compils mais tu mets un peu ta carrière solo, on parle d’albums, entre parenthèse pendant 10 ans pour revenir en 2008 avec « Que sera sera », qui obtient le Prix Sacem du Meilleur album reggae! Quel talent!
S: 😉 En 2008, je sors mon second solo, «Que sera sera’’ avec Zacky Joans en featuring sur 8 titres. L’album remporte le Prix Sacem « Meilleur Album Reggae » la même année. C’est une grande joie pour moi. En 2012 je sors l’album « C La Crise » en étant installé en Nouvelle-Calédonie. La promotion fut négligée aux Antilles. Par contre, il fut bien diffusé dans le Pacifique où j’avais mon propre backing band et avec qui j’ai fait plus de vingt concerts.

– Que penses-tu du milieu reggae aux Antilles actuellement? Penses-tu que des groupes « de légende » comme Métal Sound peuvent surgir aujourd’hui?
S: La musique a changé, en même temps que la technologie, chacun a un home studio et les Djs ne sont plus affiliés à un Sound System, c’est très individualiste. Bien qu’ils aient plus d’outil que nous pour faire connaître leur art, la dancehall s’est appauvrie, que ce soit pour les lyrics ou pour les riddims: le manque d’originalité est flagrant, tout le monde peut mixer ou masteriser dans son coin. Et, pour ne pas arranger les choses, les radios ont fait leur choix, la médiocrité.

– Quel avenir vois-tu pour le milieu reggae antillais?
S: Il y a toujours du bon, heureusement, le succès en Europe de Yannis Odua en est la preuve. Admiral T qui remplit le Zénith à lui tout seul en est encore une. Kalash qui signe en Major… Certains artistes ont fait le choix de créer, d’innover, faire une musique qui passera avec succès l’épreuve du temps. D’autres préfèrent imiter, voir singer, il en a toujours été ainsi, rien de nouveau….

– A part les « têtes d’affiches » que tu cites, y’a-t-il des jeunes artistes que tu big up?
S: Je big up tous les artistes qui se donnent les moyens pour exister, car la musique, qu’elle soit engagée ou juste distrayante, reste un business, un commerce. A toi de ne pas te perdre. Sav sa ou lé, koté ou ka alé

 – Quels sont les projets de Skanky pour cette année?

S: En ce moment je bosse sur un nouvel album : son nom sera « Que dire… Que faire », dans le même esprit que C La Crise. Il y aura bien sur quelques featuring : Janick Mc, des artistes de Nouvelle-Calédonie, et aussi des jeunes artistes de Mada. Sinon je vous invite à suivre mon actualité sur les réseaux sociaux ! Mon prochain single après « Madinina », l’hymne à la terre qui m’a vu naitre sera « Man pa ni en lo zanmi », disponible sur toutes les plateformes de téléchargement en attendant l’album prévu en fin d’année ! Ayen ki love!

skanky man pa ni

 

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Twitter: DaddySkanky

YouTube : ArtnForces

 

 

Comments

  1. usai jean marie . says:

    pli foss boug mwen .

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  2. Bravo l’artiste, en regardant ce document mon corps et mon esprit s’en va dans une nostalgie et enfin reviens ,je me réveille et je constate que ton inspiration est intact skanomaky ,je n’attendrais pas ta mort pour te dire: je t’adore mon artiste. Ton travail est plein message et à la porter de tous (le peuple).Que Dieu et son fils jésus christ te protège ici ou là ich lanmou, foss nègre nowè, é mwen osi mwen fier di être nègre nowè.krystian.V. ton ami.

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  3. lyrical falone says:

    yes i skanky yich tigue pa ka fett sans zongue ou sav sa bien ……ek racine africa pa ka ped foi ……yeah ? pa moli guerier mwen …ou za ba mwen bon foss ek men passa ladjéw …bénédiction ….real time lyrical falone en vié nég styl en lé tet mônen ladichinn wobé …big up …love

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