TONY CHASSEUR: « Ma volonté est de bien servir les musiques de mon pays! »

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Tony Chasseur, icone parmi les icônes de la Musique Antillaise fête l’an prochain 30 années de carrière. D’innombrables tubes en participations à des albums ou concepts à succès, Tony Chasseur reste une valeur sure en 2015, preuve en est son retour réussi dans le zouk avec « Nadine », le premier single de son concept « Lakou Lanmou ».

 

FKZM: Bonjour Tony, tout d’abord merci d’accepter cette interview, c’est un honneur…
Tony Chasseur: Plaisir partagé, merci d’avoir pensé à moi.

– On ne te présente plus, tu es l’une des figures de proue de la musique antillaise et ceci depuis 30 ans. Peut-on considérer ces 30 premières années comme la première moitié de ta carrière?
TC: Alors… c’est 30 ans en 2016. Je deviens pro en 1986, même si j’avais déjà quelques apparitions sur des réalisations musicales dès 1983-84. Je serais ravi d’être véritablement à la moitié de ma carrière, rien que pour l’expérience acquise. Mais je crains que l’on soit plus proche des 3/4 !!! 😉

– Tu as démarré très jeune, juste après tes études sur le Campus de Schoelcher, comment s’est passée cette rencontre avec la musique?
TC: C’est justement au Campus que je rencontre le pianiste Victor Adélaïde, qui m’entend fredonner des airs en déambulant entre les salles et me propose de venir travailler avec lui. Je le rejoins donc quelques semaines plus tard et découvre avec lui l’harmonie vocale, en compagnie de Christian Présent. Je poursuivais des études d’anglais à Schœlcher et pour mieux maîtriser ma prononciation, j’écoutais des chanteurs américains. A force de les écouter et de décortiquer leurs textes, j’ai fini par les chanter… C’est cette propension à chanter en anglais des chanteurs modernes en vogue à l’époque qui a interpellé Victor.

– A l’époque tu es fan d’Al Jarreau, Georges Benson, Ralph Thamar, Jean-Paul Pognon, ce sont tes bases musicales?
TC: Oui, tu as bien cité les plus importants à mes yeux (et oreilles) à cette époque, avec quelques autres un peu moins connus. Plus tard, je rechercherai des références dans d’autres styles, Marley ou Steel Pulse pour le Reggae, Ruben Blades pour la musique latine, Djavan au Brésil et même Francis Cabrel en France. Puis viendrons Take 6, Bobby McFerrin, mais aussi Marthely ou Saint-Eloi… J’ai puisé et puise encore dans tous les styles de quoi développer mes capacités vocales.

( à partir de 3.40″)

– Dès 1982, tu te fais déjà remarquer par les musiciens du cru qui t’accueillent… les bras ouverts?
TC: Disons qu’avec Christian Présent et Pipo Gertrude, nous sommes une nouvelle vague de chanteurs, jeunes, influencés plus par la musique et afro-américaine que latine. Cela provoque de la curiosité chez les musiciens déjà sur le marché. Ensuite, en même temps que nous apparaît une nouvelle génération de musiciens, tout à fait en phase avec nos goûts musicaux, qui nous sollicitent volontiers.

– Et tu crées ton premier groupe, Sunshine…
TC: Avec cette nouvelle génération de musiciens que je viens d’évoquer, nous avons déjà besoin d’exprimer notre couleur. Nous savons tous par contre d’où nous venons et connaissons, respectons nos aînés musicaux. Mais nous avons besoin d’être réunis dans le même souffle d’inspiration. Nous créons donc ensemble le groupe Sunshine, éphémère mais emblématique de cette jeunesse foyalaise du début des années 80. Beaucoup des musiciens de ce groupe sont aujourd’hui des valeurs reconnues de notre musique. Une fois Sunshine disparu, nous avons été effectivement très vite sollicités et happés par les acteurs du milieu musical.

– On te découvre ensuite sur des albums de groupes prestigieux: Perfecta, JM Harmony, Malavoi… Quelles sont les caractéristiques du monde musical martiniquais de l’époque?
TC: Tout est « Live » !!! Des répétitions aux séances d’enregistrement jusqu’aux prestations. J’ai aussi la sensation que chaque formation essaye de mettre en avant l’originalité de sa démarche musicale, sans aucune restriction ou concession de type « il faut faire commercial pour exister ». Je pense avoir conservé en moi un peu (beaucoup ??? 🙂 ) de cet esprit de « liberté créatrice ».

– On ne peut pas revenir sur ton impressionnante carrière et ta, non moins impressionnante, discographie, mais quels sont les albums ou les souvenirs qui ont gravé quelque chose d’indélébile en toi?
TC: Le premier album de Sakiyo, mon album « Sable Mouillé ». « Diamant des Îles », « Mizikopéyi ». Des projets moins médiatique comme les deux volumes « Insurrection Perlière » [NDLR: Mise en musique des textes d’Aimé Césaire] également.

– Entre ton 3e album, le concept-duo avec Tatiana Miath, les concerts avec Mario Canonge, Fal Frett… La période 94-96 est l’une de tes plus riches, tu es d’accord?
TC: Ce n’est pas mon ressenti… Selon moi, ma véritable carrière démarre avec la sortie de mon album « Diamant des Îles », qui pose vraiment les premières pierres musicales de ce que je veux offrir comme démarche musicale, un mélange de musique élaborée, même « jazz » parfois et de musique populaire abordable. C’est grâce à cet album que je me produis en concert seul pour la première fois. Depuis, les prestations live n’ont jamais cessé et m’ont permis d’installer une image personnelle différente dans le milieu artistique.

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– Tu était également l’un des choristes les plus recherché du zouk … ça t’arrivait de dormir à cette époque?! 😉
TC: J’ai des tonnes d’anecdotes sur les séances de studio de cette époque, surtout par le quartet que nous formions avec Edith Lefel, Marie-Céline Chroné et Jean-Paul Pognon. Il y eut, c’est vrai, des périodes de peu de sommeil, où nous passions dans la foulée de séances de nuit à des séances de jour, chose impossible pour nous aujourd’hui. Mais c’est une époque géniale, pleine de créativité dans l’échange et le partage. Nous avons été des bienheureux de vivre cela.

– On fait un saut en avant et on arrive en 2006 ou tu prends un peu de recul par rapport au zouk et tu crées Mizikopeyi, un Big Band Caraibéen qui rencontre un énorme succès, c’est une énorme aventure, ça!
TC: Énorme est le mot, épuisante aussi. Note tout de même que Mizikopéyi interprète aussi du Zouk, donc pas véritablement de recul. J’ai plutôt coutume de dire « en parallèle » avec les autres groupes caribéens, ni au-dessus, ni en-dessous. Mon complice Thierry Vaton m’aide, par son talent et sa compétence, à tenir encore cette machine. Nous approchons des 10 ans d’existence pour le big band, nous verrons ce que l’avenir nous réserve. C’est de toute façon une belle aventure musicale.

– Pourquoi ce besoin de passer à autre chose?
TC: Mon adolescence musicale, mon éveil vocal, tout cela s’est produit dans une ère de création riche, élaborée, variée. Je ne peux me résoudre à demeurer en un seul espace, c’est ainsi. Il ne s’agit même pas d’un besoin de passer à autre chose, c’est spontané et inconscient. J’ai besoin de nouveautés, d’originalité dans mon itinéraire. Quand Thierry évoque un big band, c’est pour répondre à ma question : Que pouvons-nous faire de vraiment original sur mon prochain album (nous préparions « Diamant des Îles » et cela aboutira à « Flè bò kay ») ? Et sa réponse est pour moi évidente, donc je me lance à ses côtés dans cette aventure.

– Tu célèbre donc 30 années de carrière, bien remplie, avec un album à sortir en fin d’année et un premier single, un zouk moderne et frais qui a surpris et séduit, tout le monde, « Nadine ». Parle-nous un peu du projet et de ce single particulier
TC: En 2016, cela fera 30 ans que je fais ce métier. Je prépare depuis maintenant 18 mois un album devant sortir fin 2015 pour marquer cette 30ème année en 2016. Je peaufine encore quelques titres, aussi vais-je rester discret sur le contenu de cette réalisation. « Nadine » est une proposition qui m’est faite il y a 4 ou 5 mois par un DJ, DJ Ludovick, avec lequel j’évoque souvent ce projet d’album. Il me présente ainsi plusieurs titres et j’en retiens deux. C’est une démarche très différente de celles que je propose depuis plusieurs années, un Zouk plutôt commercial. Mais j’ai promis à tous ceux qui interviennent sur mon projet de travailler à fond les titres qu’ils me présenteront. Dès qu’il a entendu le thème que j’ai abordé dans le texte, Ludovick a eu la sensation que ce titre serait bien accueilli. Cela changerait aussi, selon lui, mon image auprès d’un certain public et certains médias. J’ai donc pris la décision de le lancer, en amont de la sortie de l’album, comme titre pour les vacances, appuyé par une vidéo qui montre bien le choix de l’humour qui m’imprégnait lors de l’écriture de ce texte. Je suis ravi de pouvoir surprendre encore, voire contenter beaucoup, compte tenu de ce qui se passe actuellement autour de « Nadine« .

– Tu es l’un des rares artistes qui ne s’est jamais arrêté sur ces 3 dernières décennies, comme expliques-tu cette longévité et ce succès?
TC: Je crois évoluer avec mon âge et celui de mon public. J’en ai beaucoup discuté avec des collègues, et selon moi, je ne peux faire une musique de jeune premier à mon âge. Le fait d’évoluer aussi dans pleins de styles différents m’a permis de surnager par-dessus les creux et abîmes de toute carrière. Quand le Zouk ne me permettait pas de briller, j’ai eu la chance de pouvoir faire du Créole Jazz. Et finalement convaincre les sceptiques des différents camps de ma volonté de bien servir la musique, les musiques de mon pays.

– Tu es aussi l’un des rares artistes à avoir su gérer autant ses détracteurs que ses fans, cela est une preuve d’un fort caractère…
TC: Une autre chance, c’est d’avoir des « fans » prosélytes, prêts à en découdre avec les critiques qu’ils considéraient comme injustes à mon égard. Pour les détracteurs, je pense en avoir réduit beaucoup à l’usure. Au fil des ans, je suis là toujours et puis, sapristi, parfois, ils se surprennent à apprécier ( 😉 ). Mince alors !!!

– Comme est Tony Chasseur quand il n’est pas sur scène?
TC: Assez proche de ce que je suis sur scène, en dehors du fait que je ne chante pas tout le temps évidemment, ce serait insupportable !!! Mais le type d’échange, de contacts que je peux avoir avec les gens lors de mes concerts, c’est vraiment moi. Je crois être ouvert, attentif et à l’écoute…

– Entre ton métier et ta famille, tu as trouvé ton équilibre?
TC: Tout à fait. Ma vie de famille, de couple, est l’influence la plus positive des mes choix musicaux. Parmi les conseils les plus avisés que je reçois, mon épouse est primordiale. Mes enfants savent et comprennent maintenant mon métier, sans que cela les perturbe outre-mesure, ni dans le sens « m’as-tu vu », ni dans celui d’un écrasement dû à une quelconque notoriété. Que l’on m’aborde, que l’on me demande photos ou autographes, ma famille assume, sachant qu’une fois que nous sommes tous les 4, tout cela n’existe plus dans nos rapports les uns avec les autres. Et c’est valable au-delà de mon stricte noyau familial, pour mes parents, amis et alliés !!!

– Alors? Peut-on avoir en exclu le fin mot du projet « 30 » que tu annonces à la fin de ton clip « Nadine »…??? 🙂
TC: Ho, c’est très simple, c’est pour bien situer « Nadine » dans l’album prévu pour cette fin d’année et devant marquer mes 30 ans de carrière en 2016. C’est un tee-shirt acheté au Japon, avec « Tony » écrit en japonais devant, et en français (ou Kréyol, sé menm bagay) derrière. « Nadine » n’est pas un single isolé, mais la première marche musicale de cette réalisation.

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– On a entendu parler également d’une biographie, est-elle terminée? 
TC: Ben… non, puisque je vis encore des choses plutôt sympas. RDV dans… 10 ans !!!

– Le mot de la fin?
TC: The best is yet to come

– Merci Tony de ce moment avec toi 😉
TC: Merci à toi, merci aux lecteurs qui sont arrivés jusqu’ici 🙂

Voilà en avant-première, « Notre Histoire », le second single de l’album LAKOU LANMOU de Tony Chasseur, album des 30 ans: 

 

Retrouvez Tony Chasseur sur la Toile:

Site officiel: http://www.tonychasseur.com

Facebook: https://www.facebook.com/tony.chasseur

Youtube : https://www.youtube.com/user/TonyChasseur

 

Comments

  1. Très intéressante interview. Félicitations à l’ interviewver pour son bon travail et à Tony Chasseur, bien évidemment !

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